Prévenir les VSST, ce n’est pas seulement informer. C’est créer des espaces de parole pour mieux voir, mieux comprendre et mieux agir ensemble.
Le 25 novembre, c’est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une date instituée par l’ONU, reprise par les gouvernements, les syndicats, la fonction publique. Une date que l’on voit s’afficher chaque année — parfois accompagnée d’une affiche dans un couloir, parfois d’un email de la direction, parfois de rien du tout.
Et pourtant, derrière cette date, une réalité qui ne se résout pas avec une communication interne. Les violences sexistes et sexuelles au travail touchent des milliers de personnes dans chaque organisation, souvent en silence, souvent sans que personne autour d’elles ne sache quoi faire. Cet article est là pour aider les employeurs, les RH et les managers à passer de la commémoration à l’action.
Les VSST en chiffres : une réalité qui concerne toutes les organisations
Avant de parler d’outils, il faut regarder les chiffres en face. Parce que le premier réflexe, dans beaucoup d’entreprises, est de penser que « ça ne nous concerne pas ».
C’est rarement vrai.
80 % des femmes déclarent avoir été confrontées à des attitudes sexistes au travail.
(Source : EPSM de la Sarthe / campagne de sensibilisation nationale)
63 % des agents de la fonction publique sont des femmes — ce qui fait de la prévention des VSST un enjeu massif pour les organisations publiques.
(Source : DGAFP, 2025)
6 811 agents publics ont été formés à l’égalité professionnelle et à la lutte contre les VSST entre janvier et décembre 2024, dans le seul cadre du marché interministériel dédié.
(Source : DGAFP, 2025)
Ces chiffres ne concernent pas un secteur particulier. Ils traversent toutes les entreprises, toutes les collectivités, tous les établissements. La question n’est pas de savoir si votre organisation est concernée — c’est de savoir comment vous allez agir.
Le 25 novembre : une journée, mais surtout une opportunité d’action
D’où vient cette journée ?
La Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes a été instituée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1999. Elle marque le début des 16 jours d’activisme contre les violences de genre, qui se terminent le 10 décembre, Journée internationale des droits de l’Homme.
En France, cette journée est devenue un repère fort pour les acteurs publics et privés engagés dans la prévention des violences sexistes et sexuelles au travail. La DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique) l’a notamment utilisée en 2025 pour réaffirmer l’engagement des employeurs publics, en mettant en lumière des outils de formation, des guides pratiques et des dispositifs de terrain cofinancés par le Fonds en faveur de l’égalité professionnelle (FEP).
Ce que cette journée peut déclencher dans votre organisation
Le 25 novembre n’est pas une fin en soi. C’est une occasion — peut-être la meilleure de l’année — pour poser publiquement le sujet des VSST dans votre organisation, envoyer un signal clair à vos équipes, et lancer une dynamique qui dépasse la date elle-même.
Les organisations qui profitent de cette journée pour agir plutôt que pour communiquer font la différence. Pas un email. Pas une affiche. Une action. Un atelier. Un espace de parole. Quelque chose que les collaborateurs vivent — et dont ils se souviennent.
Les obligations légales de l’employeur : ce que la loi impose
L’obligation générale de sécurité
Art. L. 4121-1 du Code du travail : L’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation inclut expressément les risques psychosociaux, dont les violences sexistes et sexuelles font partie.
Cette obligation n’est pas une recommandation. C’est une obligation de résultat, dont le non-respect peut engager la responsabilité civile et pénale de l’employeur. Ignorer les signaux de VSST au sein de son organisation n’est pas une option légale.
L’interdiction du harcèlement sexuel et des agissements sexistes
Art. L. 1153-1 et L. 1142-2-1 du Code du travail : Le harcèlement sexuel et les agissements sexistes sont interdits. L’employeur est tenu de prévenir ces comportements, de les faire cesser lorsqu’ils sont portés à sa connaissance, et de protéger les victimes contre toute mesure de représailles.
Le lien avec le DUERP
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est au cœur du dispositif légal de prévention. Il doit recenser l’ensemble des risques auxquels sont exposés les travailleurs — et les risques psychosociaux, dont les VSST, en font partie intégrante.
Concrètement, l’employeur doit :
- Identifier les situations à risque de VSST dans l’organisation (postes isolés, relations de pouvoir asymétriques, secteurs à forte mixité ou au contraire très peu mixtes, contextes de clientèle…).
- Évaluer le niveau de risque et le documenter dans le DUERP.
- Définir un plan d’action de prévention primaire (agir sur les causes), secondaire
(former et sensibiliser) et tertiaire (accompagner les victimes). - Mettre à jour le DUERP régulièrement, a minima chaque année, et à chaque changement important dans l’organisation.
Un DUERP qui ne mentionne pas les risques de VSST dans une organisation mixte est un DUERP incomplet — et potentiellement une source de responsabilité en cas d’incident.
La désignation d’un référent harcèlement sexuel
Depuis la loi du 5 septembre 2018, toute entreprise de plus de 250 salariés doit désigner un référent chargé d’orienter, d’informer et d’accompagner les salariés en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Le CSE (Comité Social et Économique) doit également désigner son propre référent parmi ses membres.
Les outils pour sensibiliser efficacement ses équipes
Ce qui ne suffit pas
Commençons par là, parce que c’est souvent là que les organisations s’arrêtent. Une affiche dans les couloirs. Un email de la direction le 25 novembre. Une note dans le livret d’accueil. Ces supports ont leur utilité — ils informent. Mais ils ne sensibilisent pas. Informer et sensibiliser, ce n’est pas la même chose.
Informer, c’est transmettre un contenu. Sensibiliser, c’est changer un regard. Et changer un regard, ça demande de l’expérience, du vécu, de l’émotion — pas seulement de la lecture.
Les outils reconnus et disponibles
Plusieurs outils institutionnels existent et peuvent compléter une démarche de sensibilisation :
- Le Baromètre VSS du ministère de l’Intérieur : une réglette graduée qui aide à identifier et à évaluer le niveau de gravité de comportements observés. Décliné en version gouvernementale en 2025, il est désormais disponible pour l’ensemble des agents publics. Un support utile pour les ateliers et les temps d’équipe.
- Les guides de la DGAFP : deux guides pratiques — l’un sur les VSST en milieu professionnel, l’autre sur la prise en charge des violences conjugales et intrafamiliales par l’employeur public. Des références solides pour les RH, managers et référents.
- La formation en ligne MENTOR : accessible à tous les agents de l’État, cette formation sur le harcèlement sexuel au travail a été enrichie et rendue plus interactive en 2025. Un premier niveau de sensibilisation accessible à tous.
- Les formations certifiantes : dans le cadre du marché interministériel, plus de 230 sessions de sensibilisation aux VSST ont été commandées en 2024. Des formats qui peuvent être déployés dans toute organisation publique ou privée.
Le théâtre forum : l’outil qui fait vraiment la différence
Parmi tous les outils disponibles, le théâtre forum se distingue par son efficacité unique à créer des prises de conscience durables. Ce n’est pas un constat subjectif — c’est ce que confirment les retours d’expérience de terrain.
À titre d’exemple, dans le cadre du projet FEP 2024 en Bretagne, deux collectivités (Le Rheu et Redon) ont déployé des sessions de théâtre forum sur l’égalité professionnelle et les discriminations. En quatre sessions, près de 200 personnes ont pu observer, questionner et expérimenter d’autres façons de réagir face à des comportements sexistes. La dynamique enclenchée dans chaque collectivité s’est poursuivie bien après les sessions.
Le principe : des comédiens jouent des scènes inspirées de situations professionnelles réelles — une remarque déplacée en réunion, un comportement ambigu dans un couloir, une pression implicite, une blague « de bon goût ». La scène s’arrête. Le public intervient, propose, rejoue. Et dans cet espace de fiction sécurisée, quelque chose de vrai se passe.
Quand le théâtre forum ouvre le dialogue sur le sexisme ordinaire et les VSST en entreprise, les équipes peuvent observer, questionner, débattre et expérimenter d’autres manières d’agir — dans un cadre sécurisé et participatif.
Le théâtre forum chez une entreprise du secteur de l’énergie : ce que ça donne en vrai
CLS Coaching & Théâtre est intervenu dans une entreprise du secteur de l’énergie pour mettre en lumière des situations du quotidien souvent banalisées, mais aux impacts bien réels : sexisme ordinaire, paroles déplacées, comportements ambigus, violences sexistes et sexuelles au travail.
À travers des saynètes inspirées du réel, les équipes ont pu observer, questionner, débattre et expérimenter d’autres manières d’agir. Le dispositif a permis de décrypter et de comprendre ces mécanismes, sans jugement — et de faire évoluer les pratiques collectives.
Marie Combálat, Élue CSE de l’entreprise, a partagé son retour d’expérience sur ce dispositif. Ce qu’elle retient : la capacité du théâtre forum à créer un espace de dialogue authentique sur des sujets que personne n’ose habituellement aborder directement. Les collaborateurs ont vu. Ils ont reconnu. Et ils ont pu parler — peut-être pour la première fois — de ce qui se passe vraiment dans leur environnement de travail.
Parce que prévenir les VSST, ce n’est pas seulement informer. C’est créer des espaces de parole pour mieux voir, mieux comprendre et mieux agir ensemble.
Comment construire une démarche de sensibilisation VSST dans son organisation ?
Étape 1 — Intégrer les VSST dans le DUERP
C’est le point de départ légal et stratégique. Avant toute action de sensibilisation, assurez-vous que les risques de VSST sont correctement évalués et documentés dans votre Document Unique. C’est ce document qui justifie et structure votre plan d’action.
Étape 2 — Nommer un référent et le former
Le référent harcèlement sexuel n’est pas un symbole. C’est une personne qui doit être formée, connue de tous, et réellement en capacité d’accueillir un signalement. Si votre référent n’a jamais été formé depuis sa nomination, c’est le premier chantier.
Étape 3 — Choisir le bon format de sensibilisation
Pas de format universel. Tout dépend de votre contexte, de votre culture d’entreprise, de vos objectifs et de votre calendrier. Quelques repères :
- Si vous voulez toucher un maximum de personnes rapidement : le happening théâtral ou une conférence de sensibilisation ouverte à tous.
- Si vous voulez créer une vraie transformation collective : le théâtre forum en groupe, avec des temps d’échange et de débriefing.
- Si vous voulez former vos managers et référents en profondeur : une formation structurée avec apports juridiques, comportementaux et mises en situation.
- Si vous voulez ancrer une culture dans la durée : un programme combinant plusieurs formats sur plusieurs mois.
Étape 4 — Communiquer en amont et en aval
Une action de sensibilisation sans communication reste invisible. Annoncez-la, expliquez pourquoi vous la menez, et après — partagez ce qui s’est passé, ce qui a été dit, ce que ça va changer. C’est cette continuité qui transforme un événement ponctuel en démarche durable.
Étape 5 — Évaluer et ajuster
Un questionnaire anonyme après la session, un point en CSE, un baromètre de perception six mois plus tard. Mesurer l’impact d’une action de sensibilisation, c’est aussi montrer aux équipes que le sujet est pris au sérieux — pas seulement coché.
Le 25 novembre 2026 approche : qu’allez-vous faire cette année?
La question mérite d’être posée maintenant — pas le 24 novembre au soir. Une action de sensibilisation réellement impactante se prépare : co-construction avec les équipes, adaptation au contexte, choix du format, communication interne.
CLS Coaching & Théâtre accompagne les entreprises et les organisations publiques dans la conception et l’animation d’actions de sensibilisation aux VSST, à l’égalité professionnelle et à la prévention du sexisme ordinaire. Nos interventions sont construites à partir de vos réalités terrain — pas de scénarios génériques.
Chaque collectif est unique, chaque intervention est différente, chaque prise de conscience naît de la rencontre. C’est ce qui nous passionne — et ce qui fait que ça fonctionne.
En bref
Le 25 novembre n’est pas qu’une case à cocher dans le calendrier RH. C’est une invitation à se demander, sérieusement, ce qui se passe dans son organisation — et ce que l’on fait pour que ça change.
Les outils existent. Le cadre légal est clair. Les retours d’expérience montrent que les actions bien conçues produisent de vrais résultats. Ce qui manque, souvent, c’est simplement le passage à l’acte.
Cette année, passez à l’acte.
Questions fréquentes sur les VSST
Quelles sont les obligations de l’employeur concernant les VSST ?
L’employeur a une obligation légale de sécurité (Art. L. 4121-1 du Code du travail) qui inclut la prévention des risques psychosociaux, dont les VSST. Il doit évaluer ces risques dans son DUERP, mettre en place un plan de prévention, désigner un référent harcèlement sexuel (obligatoire dans les entreprises de plus de 250 salariés), et agir rapidement en cas de signalement.
Quel lien entre le DUERP et la prévention des VSST ?
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels doit intégrer les risques de violences sexistes et sexuelles au travail. Il constitue la base légale du plan d’action de l’employeur. Un DUERP qui ne mentionne pas les risques psychosociaux dans une organisation mixte est incomplet et peut engager la responsabilité de l’employeur.
Qu’est-ce que la Journée internationale du 25 novembre ?
Instituée par l’ONU en 1999, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes marque le début des 16 jours d’activisme contre les violences de genre. En France, elle est devenue un temps fort pour les actions de prévention des VSST dans les organisations publiques et privées.
Pourquoi le théâtre forum est-il efficace pour sensibiliser aux VSST ?
Parce qu’il ne se contente pas d’informer — il fait ressentir. En mettant en scène des situations réelles, il permet aux participants de reconnaître des comportements qu’ils ont vécus ou observés, de les nommer, et d’expérimenter d’autres façons de réagir dans un cadre sécurisé. L’impact émotionnel crée une mémoire durable, là où une conférence ou un email ne laissent souvent que peu de traces.
Comment préparer une action de sensibilisation VSST pour le 25 novembre ?
En commençant maintenant. Une action impactante se co-construit avec les équipes, se calibre selon le contexte et les objectifs, et s’accompagne d’une communication interne avant et après. CLS Coaching & Théâtre accompagne les organisations dans la conception sur mesure de ces interventions — format, contenu, public cible, suivi.

